Anamorfake / Anamorphique, quésaco ?
L’Anamorfake est née il y a quelques années avec le mouvement DIY (Do It Yourself) qui a entraîné un foisonnement de créativité très intéressant qui n’a pas épargné le monde de la photo et de la vidéo. L’Anamorfake consiste en l’imitation du rendu des optiques anamorphiques très largement utilisées dans le monde du cinéma. Mais qu’est ce que le rendu Anamorphique ? C’est un procédé inventé en 1927 par le professeur Henri Chrétien, qui fût repris en 1953 par la société Américaine 20th Century Fox. Cela consiste en un objectif qui va dans un premier temps compresser l’image dans sa largeur et ce afin de gagner en largeur de champ ( je vous accorde que c’est pas hyper intuitif à première vue). Ensuite l’image est étirée pour prendre son aspect final soit via un objectif qui va désanamorphoser (à vos souhaits) l’image dans le cas d’une projection argentique ou sur ordinateur via les logiciels de traitement. Même si la paternité de ce procédé est bien française (un peu de fierté ne fait pas de mal), c’est bien aux Etats Unis qu’il va exploser après le rachat du Brevet de Mr Chrétien par la 20th Century Fox. A partir de là, il allait connaître un succès grandissant au point de quasiment devenir la norme cinématographique. Il faut savoir que ces objectifs anamorphiques, appelés aussi objectifs « Scope », fabriqués par les plus grands Opticiens Cooke, Lomo, pour ne citer qu’eux coûtent extrêmement chers. Par exemple, un objectif Cooke SF est afficher autour des 30000€ rien que ça ! Donc si vous voulez toute la gamme pour réaliser un tournage, il vous en coûtera 150000 voir 200000€. Mais aujourd’hui, ce format anamorphique est tellement populaire que tout le monde veut l’imiter d’où une effervescence et une démocratisation. De nombreux fabricants opticiens proposent aujourd’hui des optiques anamorphiques ou des adaptateurs (même pour smartphones !) à prix très raisonnable. Et c’est donc sur ce terreau fertile qu’est né l’Anamorfake, qui va donc chercher à reproduire les caractéristiques de l’image anamorphique à moindre coût. Mais tout d’abord voyons ce qui caractérise ce rendu « Scope ».
Les caractéristiques du format Scope
Ce qui marque en premier c’est le ratio de l’image, les objectifs anamorphiques étant conçus pour avoir une image finale « étirée » en largeur. Prêtez y attention au prochain film que vous regarderez, si l’image est très étirée vous êtes sans aucun doute en train de regarder un fil tourné avec des objectifs anamorphiques. Voici quelques illustrations tirées de films plus ou moins connus :

@ Burning / Lee Chang-dong / 2018

@ Burning / Lee Chang-dong / 2018

@ Godzilla vs Gigan / Jun Fukuda / 1972

@ Kwaïdan / Masaki Kobayashi / 1964

@ The Stranger / Na Hong-jin / 2016

@ The Stranger / Na Hong-jin / 2016

@ The Stranger / Na Hong-jin / 2016

@ The Killer / David Fincher / 2023

@ The Revenant / Alejandro González Iñárritu / 2015
Seconde caractéristique marquante, son bokeh et notamment ses bulles de Bokeh ovales ! Alors le Bokeh c’est quoi ? Wikipédia nous dit ceci : « Le bokeh désigne la texture, le rendu du flou hors du champ de netteté (devant et derrière la distance de focalisation) d’une photographie. Le terme vient du japonais boke, qui signifie flou et qui est lui-même dérivé du verbe bokeru signifiant « être flou » ou « être hors de focus ». » Voilà une définition simple et claire. Le bokeh anamorphique va donc se démarquer par une déformation des sources lumineuses qui seront de forme ovale. Sur un objectif classique ou « sphérique », les sources lumineuses dans le Bokeh seront plutôt rondes. Voici quelques images tirées de films plus ou moins connus pour illustrer mon propos :

@ Triple 9 / John Hillcoat / 2016

@ You were never really Here / Lynne Ramsay / 2017

@ You were never really Here / Lynne Ramsay / 2017
Enfin, dernière des grandes caractéristiques, les « flare » générés par ces objectif sont également spéciaux et se distinguent par des traits lumineux horizontaux pouvant même traverser l’entièreté de l’image. Les « flare » encore un anglicisme … mais qu’elle sorcellerie est-ce donc ? Merci wikipédia qui nous dit que : « Le facteur de flare (« lens flare » en anglais) est une aberration optique due à une diffusion parasite de la lumière à l’intérieur d’un objectif. Elle se caractérisée par la présence de halos lumineux alignés sur une ligne définie par le centre optique de l’objectif et une source de lumière ponctuelle présente dans ou aux abords de l’image ». Il s’agit donc d’artefacts lumineux apparaissant à l’image lorsqu’une forte source de lumière vient frapper les lentilles de l’objectif de manière oblique. Les flare ainsi générés ont longtemps été considérés comme indésirable ont les opticiens ont cherché à les supprimer à tout prix. Cependant avec le mouvement des objectifs vintage, aujourd’hui c’est quasiment l’inverse, on veut du flare bien balaise ! Apparaissant généralement sous forme de halo lumineux en coin, où sous forme de sphères lumineuses colorées, la spécificité avec les objectifs Scope est donc que les flares se retrouvent également étirés au point de devenir des traits lumineux. Je vous propose encore une fois une petite sélection pour illustrer cela :

@ Triple 9 / John Hillcoat / 2016

@ You were never really Here / Lynne Ramsay / 2017

@ The Light Between Oceans / Derek Cianfrance / 2016

@ The Yards / James Gray / 2000

@ The Killer / David Fincher / 2023
L’Anamorfake, la démocratisation ultime !
Maintenant que nous avons vu ce qui caractérisait le rendu anamorphique, qu’est ce donc que l’Anamorfake ? Comme son nom l’indique il s’agit d’imiter le rendu anamorphique sans avoir recours à un véritable objectif scope. Pour cela, je modifie un objectif sphérique en insérant une « pastille » ovale au cœur de l’objectif juste derrière le diaphragme. Cela va permettre d’obtenir le bokeh ovale si typique, pour cela il faut démonter le bloc optique et ajuster la pastille pour ne pas qu’elle vienne entraver voir abîmer la diaphragme qui est un organe éminemment fragile. Sur cette pastille, je viens tendre un nylon de part et d’autre du cercle ovale. Ceci permettra d’obtenir les fameux flare en traits. Sur demande, je peux adapter la couleur du nylon pour obtenir des flare bleus, rouge (exemple ci dessous) ou neutres. L’Helios 44-2 s’impose comme un candidat parfait pour cela, il est peu cher et avec un caractère vintage bien marqué. Il est de plus en plus apprécié en vidéo et même au cinéma puisqu’il a été utilisé sur le tournage du film The Batman 2022. Ci dessous un comparatif de l’Helios classic « sphérique » vs une fois modifié anamorfake, le résultat est assez bluffant !

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© Duféal Baptiste pour Retrofocale.com